Les Dames de pierre
06/01/2007 18:27 par libelle
Quel calme ! Sérénité de l’instant qui passe
Dans ce parc endormi, que bercent les oiseaux…
Sur les belles statues mon regard se déplace
Jusqu’à l’arche sculptée, pigeons au repos,
Font la pause aux pieds nus, des Dames de pierre
Qui déploient leur grâce sur la ville royale
Une à une à leur tâche, joliment s’affairent
Ebauchant pour moi, une scène estivale.
Seule… Mais le suis-je vraiment ?
Elles sont là, près de moi, ô silence des ans !
L’eau frémit dans les bassins verts
Où les arbres distillent leur parfaite lumière.
"L’aube" superbe, pleure encore sa rosée
Ses courbes pures ne pouvant que charmer
Dépose sur mon cœur un murmure codé
Arrête mes pas dans un détour programmé.
"Le matin" se hâte, les deux bras bien chargés
Surveillant sa voisine, au champ occupée
Corbeille de fruits, légumes, rameaux tressés
En étal d’albâtre, aux doux parfums figés.
"Le soir" tombe. Bergère mène le troupeau
Les bêlements muets des dociles agneaux
Résonnent en mon âme où l’angoisse installe
Ses armées de soldats aux pulsions animales.
'La nuit' couronne le magnifique tableau
De voiles vêtue, célestes, pailletés
S’étire lascive, son amant retardé
L’a plongée dans la brume d’un sommeil plombé.
Seule… Mais l’étais-je vraiment ?
Oubliée de tous sur l’épaule du temps
Le vent frémit. L’écho de tous ces mystères
Traverse Paris, et ma pensée toute entière
Se grave à jamais, là, près des Dames de pierre...
Cette nuit encore, tu es venue t’asseoir
Aux confins de la vie, frontière de l’espoir
Sur le bord de mon lit, à l'heure des étoiles
Ô bonheur attendri, enrubanné de voiles !
Ton regard malicieux, souvenir immuable
Où le chagrin - souvent - projetait des ombres
Epaisses et noires. Fut-il destin plus sombre
Que le tien, pauvre enfant, aux douleurs implacables !
Sur le pont lézardé des humeurs dynamite
Nous avons retrouvé, quelque éclat de pépite
La tendresse endormie, attendant qu’on l’éveille
Et nos jours qui parfois, s’enflammaient de soleils.
Au bosquet des soupirs, un trésor exhumé
Des photos oubliées, seuls témoins de nos âges !
Le temps passe et pourtant, rapproche davantage
Ceux qu’il a - vainement - tant voulu exiler.
De bonheurs fugaces en glauques marécages
De chemins épineux en luxuriants feuillages
Nous avons parcouru tous ces ans, à distance
De rancœurs en pardons, appris toutes les stances.
Au carrefour de l’oubli me sourit ton visage
Où la brume s’étire en flambeaux aveuglants
Gommant une à une, les épreuves d’antan
Ne laissant que l’amour en flocons de nuages.
Cette nuit encore, je suis venue m’asseoir
Aux confins de la vie, frontière de l’espoir
Sur le bord de ton lit, à l'heure des étoiles
Ô bonheur accompli, enrubanné de voiles !
La lune s’enfuit
Mes veilles s’achèvent
Le jour déjà, luit
Murmure maintenant,
Et pour la nuit des temps
Que ce n’est plus un rêve..…
Libelle (Oct 2006 après des retrouvailles "surprise")
L' étincelle de vie
Un petit papillon fragile
Engourdi, sur le coeur d'or
D'une marguerite docile
Semblait... comme mort !
Le vent, d'un murmure subtil
Lui dit "vole, ta vie s'endort !
Ici bas, rien n'est facile
Mais pars ! Affronte ton sort !"
Le soleil nimbant tout alentour
Caresse ses ailes diaprées
Puis lui confie, ivre d'amour
Les premiers frissons des blés.
Trois gouttelettes de pluie
Echappées de l'orage
Roulent tout près de lui
Perlant son beau corsage.
A quelque souffle d'ici
Dans l'épais feuillage
Un bel oiseau de passage
Qui laissait son plumage
Quitte sa branche vernie
Puis, babillant sa mélodie
L'exhorte au voyage.
A présent, dans le bocage
Tout le monde sait
Et s'attriste à l'image
De son immobilité.
D'un frémissement, la fleurette
Pousse le petit corps meurtri
Tant elle semble inquiète
De voir s'évanouir sa vie.
Elle l'enlace de ses pétales
Doux, blancs, immaculés,
Tout le parfum qu'elle exhale
Le fait enfin tressauter.
Il défroisse lentement ses ailes
Magnifiques et ocellées
Dépose sur le coeur de la belle
Le plus tendre des baisers.
A cet instant surgit la nuée
Splendide, aux mille couleurs
D'autres papillons venus l'escorter
En une ronde d'honneur.
C'est alors que l'azur ébloui
Vit l'envol des lépidoptères
Un a un, dans la danse éphémère
De la saison embellie.
L'heure semble venue, bel amour infini !
Les jours nous sont comptés, voilà que tu t'enfuis
Loin de la plaine où s'ébattaient nos cœurs d'enfants
Laissant derrière toi mon cœur agonisant.
Et même tu ne prends pas la peine, pourquoi ?
Avoue que le vent ne te parle plus de moi
Que l'étang creusé où j'attendais la lune
Est désert maintenant, comble de l'infortune !
Quand les nuits se contaient et que moussaient les jours
Emportée dans tes bras sur l'océan d'Amour
J'oubliais toute enivrée, les vicissitudes
De nos vies égarées le poison solitude.
J'ai le manque de toi chaque jour qui me gagne
Chaque nuit je murmure aux étoiles ma hargne
De ne savoir toucher du doigt ton âme meurtrie
Panser ses plaies par un baiser, inassouvi.
Ô ma muse, veux-tu vraiment que je t'oublie ?
Quand les feuilles d'automne meurent au jardin
Où octobre fige, telles des reliques éblouies
Les tristes saules en pleurs, aux cheveux éteints.
Va, mon poète, mon âme, reprends ton chemin !
Vois la route barrée de nos espoirs si vains
Déchire mes ailes, si frêles, de libellule
Celles que tu caressas au divin crépuscule.
Aime "la", comme j'aurais voulu que tu m'aimes
Invente pour Elle, des milliers de jeux thèmes
Quand moi, j'enfouirai en la grotte souterraine
Ma fièvre et ma passion, tout le poids de ma peine.
Chaque soir au bout du ponton, j'attendais, impatiente,
Trois cygnes à mes pieds, quémandant des brisures de pain
Fébrilement je le guettais, à l'heure palpitante,
Ah ! Le voir effleurer de sa grâce, le lac de mon destin !
De la plage des Marquisats, la vue était fameuse,
La foule dispersée s'éparpillait en quelques ilots
L'instant magique enfin, les gesticulations joyeuses
Des enfants, m'annonçaient l'illumination des flots.
Le souffle bloqué, je l'admirais, glissant sans bruit,
Prince de l'onde, pour le suivre, j'aurais donné ma vie !
Mais je restais clouée, de l'autre côté de la rive
Le vaisseau de mes larmes voguant à sa dérive.
Le temps s'arrêtait, j'échouais sur la côte d'un rêve,
Où les désirs sont des chateaux, bâtis sur la grève.
Il aurait suffi d'une brise, aux élans favorables
Pour tomber dans ses bras, sans me sentir coupable.
Il arrivait, face à moi, un air mélodieux s'en échappait,
Les chandelles brillaient, des amoureux dînaient
Que ne pouvais-je être aussi, sur le pont transcendée,
Les yeux pétillants de joie, l'envie tendrement apaisée !
Je le suivais du regard, jusqu'à n'en pouvoir plus
Et quand la nuit tombait, fatiguée, triste et déçue,
Je repartais vers ma vie, abandonnant là mes chimères
Enfouissant mes soupirs au plus profond de l'amer.
Il passe, et repasse, il est toujours aussi fier,
Il allume mes insomnies d'une infinie lumière
Ce bateau que je n'ai jamais pris, Ô LIBELLULE adoré(e),
C'est pour toi que je porte ces quatre ailes bleutées !
Je dédie ce poème au MS LIBELLULE (ANNECY - 74 -), qui glisse si fièrement sur ce Lac magnifique, et dont le destin semble menacé, pour des raisons techniques. J'espère qu'une solution sera trouvée pour qu'il reste le plus beau voyageur des Eaux bleues et pures. Je lui "dois" mon pseudo et toute une tranche de vie. Une histoire d'amour entre "lui" et moi.