L'amer à boire
17/02/2006 18:36 par libelle
Les chevaux de la nuit se sont enfuis dans la plaine
L'écheveau de l'ennui sur mon chevet se promène
Le regard perdu, j'implore le vent qui sème
Cet amour éperdu aux étoiles si blêmes.
Prison dorée, ponctuelles apparitions
D'un geôlier un peu rude, s'enchaînant lui-même
Qui dédaigne de la vie, ses plaisirs extrêmes
Et vote du bonheur la pure abolition.
Dans le miroir, derrière mon sourire se cache
Une douleur infinie, sans gloire ni panache.
Je consens de toutes mes forces dernières
A rester dans le noir, dans sa seule lumière
Au fil des ans qui nouent les bourgeons de l'espoir
Sur les branches du saule aux longs cheveux épars.
Allons ! Sommeil ! Emporte moi dans ces contrées
Où il marche près de moi, où je puis l'aimer
Illusoire moment de douce éternité
De ces instants qui nimbent nos chimères bleutées.
Allons ! Soleil ! Réchauffe du feu de tes rais
Les amants malheureux dont le sort a radié
Les rêves incendiaires si souvent avortés
Jusqu'au bout de leur vie, en amers regrets.
Les chevaux de la nuit sont endormis dans la plaine
L'écheveau de l'ennui son chapelet égrène
Le regard noyé, j'implore la nuit pour qu'elle sème
Des étoiles d'amour en royaux diadèmes.
Derrière le miroir où l'avenir se gâche
Une douleur infinie ploie sous les coups de cravache.
[ Soir d'amertume ]
L'été s'étire d'un élan bien paresseux
Je m'allonge près de lui, au lit de tes yeux
Le cerisier m'enveloppe de sa verdure
Les bourdons rôdent sur la lavande bleu mur.
L'absence encore, tournoie et me harcèle
Libellule, envole tes diaphanes ailes
Vers l'étang de son âme où tu es née un jour
Un beau jour d'automne, ô mélodie d’amour.
Drôle de mine ce crayon noir, sans ses mots
L'air respire-t-il encore, tout semble figé ?
Rien qu'un avion qui tatoue le ciel, tout là-haut
Ma solitude, la chaleur, les espoirs avortés !
Mon regard s'embue d'un nuage menaçant
Mon cœur étreint son prénom, folie d'un instant
Qui dure, s'éternise, depuis trois printemps
Jusqu'où irons nous, ô toi qui n'es mon Amant ?
Dans la valse des rêves, nous tournoyons souvent
Enlacés jusqu'à l'aube aux frissons envoûtants
Fusion des âmes, des corps tellement implorants !
Dès la fin du bal tu t'enfuis, évanescent.
Ma langueur s'étire d'un élan paresseux
Allongé près de moi, je l'imagine un peu
Le cerisier nous regarde d'un œil vert pur
Bourdon, tu es là, sur la lavande bleu mur.
[être ou avoir été ?]
Ils attendaient au village, bergère angélique
Partie dans la vallée consoler la nature
Les noces s'apprêtaient pour l'union idyllique
Du Prince des Monts, sur sa véloce monture.
Il soufflait un vent parfumé de pétales
Qui tombaient sur les eaux alanguies du canal
La foule était en liesse, le joyeux carnaval
Cléophée avança vers la frêle licorne
Sur son cou de soie blanche où s'étirait Phoebus
Elle posa un collier de fleurs de coton et d'asparagus
Un baiser maternel sur l'ivoire de sa corne.
Elle l'avait tant bercée, dans son bel âge tendre
Murmuré tous ces mots qu'un enfant aime entendre
Partagé ses jeux jusque sous la pluie d'amour
Quand la terre au ciel fait des yeux de velours.
Elles avaient couru sous l'impétueux orage
Jusqu'à la grotte sacrée, où chantaient mille fées
L'une aux cheveux d'ébène, aux boucles si sages
L'autre crinière au vent, espiègle et enjouée.
"Viens, lui dit-elle, il me faut ta chère présence
Près de moi tu grandiras, et mon palais immense
Sera tout entier pour toi, ne me fais pas offense
Je te veux près de moi avec ta descendance ".
C'est ainsi qu'on les vit arriver de la plaine
Apparition divine, et rare phénomène
Les deux grâces soudées par un amour unique
Toutes de blanc vêtues, ô quel blanc magnifique !
Le Prince des Monts, attendri par la scène
Courut vers son aimée qu'il croyait disparue
Chaque jour que Dieu fait, on les voit qui promènent
Leur parfaite beauté bien au-delà des nues.
C'est ainsi qu'ils vivent dans mes rêves, aujourd'hui
Quand la nuit descend, que toute la lune s'en vêt
Qu'il flotte sur ses volcans une vapeur moirée
Et que telle une enfant, j'ai le cœur ébloui.
Calicia est née, un soir de tempête
Des bleus à l’âme, un chagrin plein la tête
Des amours d’un Bourdon et d’une Libellule
Calicia est née, sur un tapis de renoncules.
L’étang crépitait sous les braises de lune
Des lucioles diamantaient sa chevelure brune
Les roseaux se courbaient, chahutés par le vent
Qui les poussait, tyrannique, à la révérence
Mais Elle n’en demandait pas autant
Petit fleur, échappée de la souffrance.
Calicia est née au jardin des nymphéacées
Mi-Libellule, Mi-Femme, créature insolite
Toutes les Fées sur son berceau, penchées
Ont couronné son front d’éclats de pépites.
Gardienne des lieux, elle s’incline sur l’eau
Le soir venu, toute vêtue de mousseline
Les buissons, muets, tendent les bras si haut
Pour tenter de frôler sa grâce mutine.
Calicia-Reine de l’univers aquatique
Survole le miroir, dès l’onde endormie
Puis s’arrête un instant, dans un élan nostalgique
Sur un pâle nénuphar, par son image attendrie.
Tout doucement, elle s’y pose
Et tout au bout de la métamorphose
Calicia s’abreuve aux perles d’oubli
En regardant le ciel, où l’avenir gémit.
Fille de l’Amour infini,
Calicia s’efface à l’aube naissante
Sur le coussin vert, elle s’allonge sans bruit
Tandis que la lumière déshabille de nuit
Le firmament, d’une pudeur évanescente.
Calicia est née, un soir de tempête
Des bleus à l’âme, un chagrin plein la tête
Des amours d’un Bourdon et d’une Libellule
Calicia s’endort, sur son tapis de renoncules...
[ Il est de ces soirs...]
Depuis la nuit des temps Je cherche mon ombre Dans la lumière sombre Du tableau noir des ans. Depuis la nuit des temps Ton image perdue Vient traverser mes nues Ô rêve évanescent ! Dés que la nuit détend Son voile de pénombre Des larmes en surnombre Pleuvent sur mes printemps. Depuis des nuits, j'attends Ton retour, ô mon âme ! Au grand feu de tes flammes Me consumer autant ! Depuis la nuit d'étang Savant bourdon, tu es Parti pour trop longtemps Me laissant délaissée. Creuses-tu ton étang ? Oui… Reviens par ici ! Les jours s'en vont tremblants Avec ma joie sont enfouis. Et cette nuit, j'entends Ta voix qui me murmure Tous les mots doux d'antan Folie, que je censure. Cette nuit d'autan Balayée par le vent Hélas, efface la trace D'un amour rayonnant Qui n'aurait plus sa place. Depuis la nuit d'étang Je cherche ton ombre Dans la lumière sombre Dés que l'espoir descend… [ Depuis la nuit des temps... ]
De deux insectes fidèles qui, le soir venu
Se retrouvent transis, impasse de l'avenir.
Leur rencontre, oh oui un indicible délire
A tout d'une gageure, pour peu que l'on se dise
Ces deux-là ne sont vraiment pas faits pour s'unir.
Petite Libellule survolant un nénuphar
Rose du lac alanguie, ancrée prés de la rive
Vit passer près d'elle un triste gaillard
Butinant savamment, au corps des rayures vives.
Tout à sa danse mutine, elle ne voit guère
Qu'il se pose là, brusquement, à terre
Comme étourdi par un souffle étrange
Lui dit "aide moi, j'ai perdu de ma vie l'essence
Que ton amour enfin m'emporte et me venge".
Le bourdon, déjà ébloui, alors s'approche d'elle
Tombe dans ses yeux, tellement impressionnants
Admirant les gracieux mouvements de la belle
Il se dit, c'est sûr, elle est fée du printemps.
Allez donc savoir ce qui advint à l'instant
Où bourdon et libellule tendrement se murmurent
Ces mots que les troubadours chantent à travers le temps
Mais qu'ils tiennent secrets pour les garder plus purs.
Ce qu'il ne devine pas, le petit bourdon
C'est qu'elle se sent vraiment défaillir
Dans un tumulte insensé, spirale du désir
Son cœur à elle, tremble et se fond
Sur les pétales d'une fleur complice
Dévoré par les tourments et moult délices
De l'amour, mais sans promesse salvatrice.
Au bord du lac, étourdis, ils se posent
S'écoutent frémir, et c'est à peine s'ils osent
Se dire qu'ils s'aiment car en fait tout les sépare
Le sort sans doute, dans l'ombre se prépare
A poser un voile sur leurs âmes embuées..
C'est dans leur monde totalement imaginaire
Qu'ils resteront toujours l'un prés de l'autre
Poètes, sachez avant que ne meure la lumière
Ces deux-là sont uns, cette histoire est la vôtre
Si vous avez aimé, un jour, dans la souffrance
Bourdon, libellule, pour tous une égale transe
Unique l'amour quand on lui donne un sens…
Libelle à son Bourdon (Oct.2001)
Heureux instant où tes ailes planent
Le long des roseaux, si près de mon cœur
Petite fleur
Qui frissonne et se fane.
La brise subtilement murmure
Sur ton voile brodé de nervures
Que tu es la plus belle, assurément
Jolie fée de l'étang.
Et moi je reste captivée, immobile,
Intriguée par ton ombre gracile
Petit insecte fragile.
L'avenir, que te dire, tellement incertain
Joue sournoisement au funambule
Sur l'onde figée du quotidien
Prends garde à toi, tendre libellule
Ces eaux troubles qui paraissent calmes
Elles ont englouti peu à peu mon âme.
Le soleil court à l'horizon
Et suivant ses pas, la douce saison
Tandis qu'insouciante tu tourbillonnes
Dans un rapide ballet aérien.
Au cadran où l'heure sonne
Si mon destin m'abandonne
C'est toi qui me retiens !
Ton souffle bleuté partout se promène
Ça et là dans un bruissement fugace
Tes minuscules proies, dans l'effroi, se démènent
Pour esquiver ton appétit vorace.
Je pars, un dernier regard
Libellule diaphane
Je reviendrai, à l'heure étrange
Où l'astre couchant brusquement enflamme
D'un seul baiser la demeure des Anges.
Rêver auprès de toi, taquiner les nénuphars,
Sur la berge endormie bercer mon désespoir.
Libelle/Gigine - Octobre 2001 -